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Récit de vie (3) : Armand Klein : la période militaire

Dans les deux premiers épisodes de ce "Récit de vie", vous avez suivi la naissance, le baptême et l'enfance d'Armand Klein, pris en charge par le couple Auguste et Joséphine Piel. Vous pouvez reprendre la lecture depuis le premier épisode en cliquant sur ce lien.

La loi du 1er février 1868 créée la « Garde nationale mobile », afin de concourir comme auxiliaire de l'armée active à la défense des places-fortes, villes, côtes, frontières de l'Empire, et du maintien de l'ordre intérieur. Celle-ci est composée des jeunes de la classe 67 et suivantes qui, comme lui, n’ont pas été appelés dans le contingent annuel à la suite du tirage en sort. La préparation militaire des soldats de cette Garde nationale est sommaire et se résume à des exercices durant 15 jours, dans les cantons. Pas vraiment de quoi former des soldats opérationnels. C’est en 1869 qu’Armand effectue cette période. On lui remet à cette occasion un ensemble d’effets et d’armes, avec indication de leur durée de maintenance. Outre les effets vestimentaires, il reçoit une tente-abri, une musette, une veste, un bidon, une peau de mouton, un fusil sabre à baïonnettes et son nécessaire, un étui à aiguilles et une cartouchière.

Armand Klein - Garde nationale de la Seine
Armand Klein - Garde nationale de la Seine

Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au Royaume de Prusse. Comme tous les hommes valides de sa classe, Armand est mobilisé et, sept jours plus tard, il rejoint le 5e bataillon de la Garde Nationale Mobile de la Seine. À la déclaration de guerre, si l’organisation des bataillons et des batteries était prête dans les dossiers, leur mise sur pied est difficile et se fait tant bien que mal, grâce à la bonne volonté de tous.

Le 26 juillet, Armand a rejoint son bataillon et la première des choses qui lui est demandée, comme à ses camarades, c’est… de faire une première mise de 40 fr sur son compte de masse individuelle. En effet, c’est aux soldats de payer la tenue qui leur est remise ! Il recoit, et paie donc, une chemise, 3,85 fr, une paire de souliers, 6,50 fr, une cravate, 0,75 fr, une paire de guêtres de toile 1,40 fr. Un mois plus tard, fin août, il est équipé pour 14 fr, d’un havre-sac. Si, comme moi, vous ne saviez pas ce qu’est ce « havre-sac », il s’agit d’un sac se portant sur le dos, contenant l'équipement du fantassin en campagne ou en manœuvre. Il n’y a pas de bon garde sans pompon, il lui en coûte 0,42 fr, une autre chemise, 3,85 fr, une paire de souliers, 6,50 fr, une petite gamelle, 1,15 fr et une flanelle, qui semble offerte ou qui, en tout cas, n’apparaît pas dans le décompte. Il reçoit, le 30 septembre, le « produit » de ses 65 premières journées, à 0,10 fr la journée soit 6,50 fr. Avec sa mise de départ, sa solde et ses dépenses d’équipement, il lui reste un avoir de 8,08 fr. Je vous ferai grâce des autres dépenses d’équipement des mois suivants, finissant ainsi, à sa démobilisation avec un solde débiteur de 42,72 fr qu'il réglera, bien entendu pour être démobilisé.

Début août, Armand adresse un courrier à Joséphine, sa mère « d’adoption » dans lequel il indique être arrivé au Camp de Châlons. Le déplacement a duré quinze heures au lieu des cinq prévues et il raconte qu’un homme de son bataillon a été tué, « par imprudence de sa part » en cours de route. Les vivres manquent, mais il espère une fois le campement installé, pouvoir enfin manger quelque chose. À la lecture du courrier, on comprend qu’Armand est, dans son bataillon, avec des connaissances de son quartier. Le 14 août, il est toujours à Châlons et écrit à Joséphine pour lui souhaiter une bonne fête… Précisons que Joséphine, selon les documents en notre possession se fait aussi appeler Marie, Isabelle, ou bien encore Fanny. Armand la rassure « Je me porte bien et l’air est bon » et termine ainsi « Je t’embrasse, ton fils qui t’aime » et Louis ! Armand signe donc Louis, son prénom d’usage, dans l’intimité familiale.

Lettre d'un soldat à sa mère durant la guerre de 1870
Lettre d'Armand Klein (qui signe Louis) à sa mère "nourricière" Joséphine Piel

Un courrier du mardi 27 septembre 1870 nous permet de localiser Armand. Il est au Château de Bagatelle, au Bois de Boulogne, avec son bataillon. La lettre est un peu plus longue, mieux écrite, Armand doit disposer de plus e de temps et de meilleures conditions. Quelle est son activité « militaire », rien ne nous permet de le savoir Armand en restant à des considérations amicales et familiales. Au dos de l’enveloppe, outre son nom, le n°6 de son bataillon.



Le 18 novembre, Armand écrit à Gustave Piel « Nous sommes maintenant à Montereau l’usine ». Il précise « Je suis venu à Paris hier » détaillant les horaires de train invitant son « Cher père » à venir le voir le plus tôt possible, « ça me fera plaisir si tu peux m’apporter quelque vivre et quelque argent », signé « Ton fils ». La tonalité légère des propos nous étonne, quand on sait que Montereau, à la même époque, est occupée depuis le 4 novembre par les Prussiens, et que le gouvernement a dû se replier à Tours puis à Bordeaux.


Ce sont ces trois seuls courriers, à ses parents nourriciers, qui nous indiquent deux points de passage d’Armand durant cette campagne contre la Prusse. L’Armistice général intervient le 15 février 1871 et le traité de paix, entérinant la victoire de la Prusse, signé le 10 mai 1871. Entre temps, le 7 mars, Armand est démobilisé.

Sans que nous ne sachions où et quand il a pu reprendre son activité, nous pensons que, maintenant, Armand exerce comme brocheur.

Il va, maintenant, pouvoir faire sa vie.

 
Le Récit-de-vie

Il s'agit, dans un article unique, ou bien dans une suite d'articles, de raconter en la contextualisant, la vie d'un ancêtre, d'un collatéral, d'une famille, voire même d'un village ou d'une paroisse.


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