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Récit de vie : Armand Klein (2) : l'enfance

Février 1850, Armand Klein, qui vient d’être baptisé, est élevé par le couple Charles « Auguste » Piel (1811-1879) et Joséphine Tourbier, épouse Piel ( ca 1810 - 1876) sans que l’on sache exactement quand ceux-ci l’ont pris en charge ; lire ou relire le premier épisode de la vie d'Armand en cliquant ici. Par facilité, nous appellerons, par la suite, Piel par son prénom d’usage, Auguste. Lui, âgé de 39 ans, est depuis deux ans employé à l’administration de l’octroi du Port Saint-Nicolas à Paris, sur le quai du Louvre. Elle, la quarantaine, exerce certainement encore comme couturière, le métier porté sur son acte de mariage en 1846.

Quartier St germain - St Thomas d'Aquinvers 1850
Le lieu où résident les Piel/Klein rue du Bac (1) et à côté la Chapelle des Filles de la Charité (2)

Le couple réside rue du Bac, au numéro 142. Le logement se situe dans un immeuble contigu à l’ancien hôtel de Châtillon. C’est là qu’est installé, depuis 1813, l’établissement principal de l’ordre des Filles de la Charité et la fameuse Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Les sœurs, qui étaient une petite centaine au moment de leur installation, sont en cette année 1850 environ cinq fois plus. Mais revenons à notre jeune Armand Klein.

Auguste, d’une honorable famille lexovienne, a reçu une éducation religieuse et scolaire de bon niveau. Brillant, il a même poussé plus loin sa scolarité jusqu’à l’internat de médecine. Pourtant, il a tout abandonné pour se lancer dans des affaires qui l’ont amené à être déclaré en faillite. De son père, mort l’année passée, il n’a rien reçu, ou presque, celui-ci ayant également fait faillite. Auguste est perclus de dettes. Joséphine, elle, n’a pas reçu le même niveau d’instruction et, de famille modeste, elle ne dispose pas de ressources familiales. Les moyens de subsistance du couple ne doivent pas être bien élevés dans une ville où il est difficile de vivre pour les moins aisés.

L’instruction, malgré quelques avancées, est encore très inégalitaire, réservée aux garçons des familles aisées et toujours aux mains des religieux. Malgré une avancée avec Guizot, en 1833, qui institue l’obligation d’écoles privées et publiques dans le 1er degré dans chaque commune, le développement de celles-ci reste encore faible. Nous ne savons pas comment se fait, dans ce contexte, l’éducation scolaire d’Armand ; pour autant, son livret militaire précise qu’il maîtrise la lecture et l’écriture.

Nous savons, à partir de courriers retrouvés dans les archives familiales, que les relations au sein du couple qui accueille Armand vont assez vite se dégrader. Joséphine accuse Auguste d’avoir une maîtresse logeant dans le même immeuble. Ce dernier lui propose pour la rassurer, dit-il, de déménager, mais Joséphine, toujours selon lui, refuse. Ce qui est sûr, c’est qu’après encore quelque temps de discorde, le couple se sépare et Armand reste sous la seule garde de la femme Piel. Auguste, au plus tard à l’été 1854, n’habite en effet plus rue du Bac, mais réside désormais au 50 rue de Babylone. Armand a 7 ans et, jusqu’à son adolescence, c’est Joséphine qui va s’en occuper. Voit-il Auguste, son père de substitution, dans cette longue période, rien ne nous permet de le savoir. En-tout-cas, nous verrons plus tard que leurs relations ne sont pas complètement coupées.

À cette époque Joséphine et son fils d’adoption, résident encore à cette même adresse. Un courrier mentionne « Mademoiselle Tourbier, Fg St-Germain, Maison des bains, rue du Bac, 142 ». Quelques mois plus tard, ils ont déménagé rue de Sèvres, au 74, avant de rejoindre, toujours dans le même quartier, le 14 de la rue Saint-Placide.

À 13 ans, le 1er septembre 1860, Armand est apprenti bijoutier chez Jean Théodore Elambert, bijoutier au 34 rue du Temple, dans le quartier des enfants rouges. Il est intéressant de noter qu'il est nommé Louis Piel dans ce certificat, sous son nom d'usage et avec le patronyme de son père adoptif. Il y restera apprenti jusqu'au 22 août 1863.

À bientôt 17 ans, en mai 1864, Armand reçoit son livret d’ouvrier. Le 7 mai, il embauche, comme journalier, chez M. Benoit, 40 boulevard du Combat (actuel Boulevard de Belleville). Sa date de sortie de cet établissement est difficile à décrypter, d’autant plus que le même livret indique son embauche le 12 mai 1864, par les Établissements Farcot & ses fils, au Port Saint-Ouen. L’entreprise, détentrice de nombreux brevets, fabrique, notamment, des machines à vapeur. Il y restera 14 mois jusqu’à l’été suivant. Après quelques mois de latence, en décembre 1865, il devient garçon de magasin rue des Saints-Pères, dans une « Maison spéciale de vieux cognac d’origine ». S’il débauche en mai 1866, le patron n’a qu’à se louer de ses bons services.

Pour celles et ceux qui sont intéressés, vous retrouverez la copie intégrale de ce livret d’ouvrier, sur la page « Archives » de notre site avec bien d’autres documents…

En 1867, avec tous ceux de sa classe, Armand qui réside encore avec Joséphine, rue Saint-Placide, passe le conseil de révision. Bien qu’incorporable au 1er juillet 1868, il est libéré par son numéro de tirage. À cette occasion, nous sommes renseignés sur la suite de son parcours professionnel, puisqu’il est mentionné maintenant comme commis libraire. Armand peut donc poursuivre sa découverte des métiers du livre. C’est certainement à ce moment-là qu’il découvre l’activité de brocheur dont il fera plus tard profession.


 
Le Récit-de-vie

Il s'agit, dans un article unique, ou bien dans une suite d'articles, de raconter en la contextualisant, la vie d'un ancêtre, d'un collatéral, d'une famille, voire même d'un village ou d'une paroisse.

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2 Comments

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Comme toujours, un récit bien ficelé, et une belle présentation. Le couple de parents adoptifs n'avait pas d'enfant, à ce que je crois comprendre ?

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Merci, Dominique ! Non, en effet, le couple Piel n'a pas eu et n'aura pas d'enfants...

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